Inspection préachat : les points critiques à surveiller (sans rien laisser passer)
Inspection préachat : les points critiques à surveiller (sans rien laisser passer)
Une promesse d’achat acceptée, c’est excitant… mais tant que l’inspection n’est pas passée, rien n’est gagné. C’est à ce moment précis que l’on découvre si la maison ou le condo est un bon investissement… ou un futur gouffre financier.
Dans cet article, on passe en revue – de façon technique mais accessible – les éléments critiques d’une inspection préachat résidentielle au Québec : fondations, toiture, plomberie, électricité, isolation, drainage, etc. L’objectif : vous aider à comprendre ce que l’inspecteur regarde vraiment… et ce que ça signifie pour vous.
1. Fondations et structure : ce qui tient tout le reste
Ce que l’inspecteur regarde
- Type de fondation : béton coulé, blocs de béton, pierre (plus fréquent dans les bâtiments anciens).
- Fissures visibles : horizontales, verticales, obliques, en escalier.
- Infiltrations d’eau : auréoles, efflorescence blanche sur le béton, odeur de moisi.
- Déformations de plancher : planchers qui penchent, poutres affaissées, renforts bricolés.
- Murs porteurs modifiés : ouvertures agrandies sans poutre adéquate, colonnes mal positionnées.
Signes d’alerte pour un acheteur
- Fissures larges (≈ plus de 3–4 mm), qui traversent le mur, ou qui s’élargissent d’une extrémité à l’autre.
- Fissures accompagnées d’infiltrations (taches d’eau, peinture qui cloque, moisissures).
- Planchers très inclinés, portes qui coincent, craquements répétés au même endroit.
- Poutrelles en bois très fendillées, pourries ou en contact direct avec le sol.
Risques typiques selon l’âge
- Avant 1950 : fondations en pierre, parfois sans drain, plus sujettes à l’humidité et aux infiltrations.
- Années 1960–1980 : drains de fondation vieillissants ou écrasés, isolation inexistante ou minimale.
- Années 1990+ : meilleure performance globale, mais attention aux sols argileux et au retrait/gonflement.
2. Toiture : une enveloppe à ne pas sous-estimer
Ce qui est vérifié
- Revêtement : bardeaux d’asphalte, membrane élastomère, tôle, etc.
- Âge et état visible : bardeaux recourbés, granules dans les gouttières, déchirures de membrane.
- Solins et joints : autour des cheminées, ventilations, puits de lumière.
- Ventilation du toit : prises d’air en soffites, sorties d’air, présence de glaçons l’hiver (indice de problème).
Indices de problèmes
- Taches d’eau au plafond, autour des luminaires, dans les coins de pièces.
- Odeur de moisi au grenier, laine isolante humide ou jaunie.
- Glaçons massifs au bord du toit (barrières de glace) : souvent signe de manque d’isolation ou de ventilation.
En fonction de l’âge
- Bardeaux d’asphalte : durée typique 15–25 ans selon la qualité et l’exposition.
- Membrane élastomère (toit plat) : 20–30 ans si bien posée et entretenue.
Un toit en fin de vie représente une dépense majeure; pour un condo, cela touche aussi la suffisance du fonds de prévoyance du syndicat de copropriété.
3. Plomberie : fuites visibles… et invisibles
Les éléments passés au crible
- Type de tuyauterie :
- Cuivre : correct, mais parfois corrodé.
- PEX : courant dans les constructions récentes.
- Plomb : très ancien, problématique pour l’eau potable.
- Poly-B (polybutylène) : présent dans certaines propriétés des années 1980–1990, peut être à risque.
- Drainage : évacuations de lavabo, toilette, douche; présence de refoulements ou lenteur.
- Joints, robinets, siphons : fuites, traces de bricolage.
- Chauffe-eau : âge, capacité, présence de bac de rétention et de drain de plancher à proximité.
Signes inquiétants
- Taches d’eau sous les éviers, au plafond du rez-de-chaussée (salle de bain à l’étage).
- Plancher mou autour de la douche, de la baignoire ou de la toilette.
- Odeur d’égout persistante.
- Chauffe-eau de plus de 10–12 ans (souvent pointé par les assureurs).
Particularités selon l’âge du bâtiment
- Avant 1950 : risque de plomberie en plomb ou en fonte très vieillie.
- Années 1960–1970 : certaines installations mixtes, parfois obsolètes ou non conformes aux normes actuelles.
- Années 1980–1990 : possibilité de polybutylène dans certaines régions.
- Récents : meilleure conformité, mais attention à la qualité de la pose et aux raccords.
4. Électricité : sécurité avant tout
Ce que l’inspecteur évalue
- Type de panneau : ampérage (60A, 100A, 200A), fusibles ou disjoncteurs.
- Type de câblage :
- Câblage en tissu (ancien, parfois non mis à la terre).
- Aluminium (années 1960–1970) : peut nécessiter des précautions.
- Cuivre récent avec mise à la terre.
- Prises et interrupteurs :
- Présence de mises à la terre (prises à 3 broches).
- GFCI (disjoncteurs de fuite à la terre) dans la cuisine, salle de bain, extérieur.
- Signes de surchauffe : odeur, décoloration, panneaux surchargés.
Points d’alerte
- Panneau à fusibles très ancien avec peu de circuits, surtout si beaucoup d’appareils modernes sont branchés.
- Câblage d’aluminium sans dispositifs de correction (connecteurs spécifiques, inspection régulière).
- Prises non mises à la terre dans des pièces où l’on branche des appareils à forte consommation.
- Bricolages : fils apparents, rallonges permanentes, boîtes de jonction non fermées.
Selon l’âge de la maison
- Avant 1960 : souvent panneaux 60A, câblage désuet, mise à la terre partielle ou inexistante.
- Années 1960–1970 : présence possible d’aluminium; à faire vérifier par un maître électricien.
- Années 1980+ : généralement plus sécuritaire, mais attention aux ajouts non professionnels.
5. Isolation, ventilation et étanchéité : confort et moisissures
Ce qui est inspecté
- Isolation du grenier : type (laine minérale, cellulose, uréthane), épaisseur, continuité.
- Étanchéité : fuites d’air autour des fenêtres, portes, prises électriques.
- Ventilation :
- Extracteur de salle de bain (débouche-t-il dehors ou dans le grenier ?).
- Hotte de cuisine (recyclage vs sortie extérieure).
- Échangeur d’air dans les constructions récentes.
Indices de problèmes
- Condensation sur les fenêtres en hiver, présence de moisissures dans les coins.
- Taches de moisissure au plafond de la salle de bain.
- Air très humide, odeurs persistantes.
- Grenier chaud et humide, avec traces de moisissure sur la charpente.
Risques
- Confort réduit (froid l’hiver, chaud l’été).
- Consommation énergétique plus élevée.
- Développement de moisissures pouvant affecter la santé et la structure.
6. Drainage, terrain et infiltration d’eau : les ennemis silencieux
Ce que l’inspecteur observe
- Pente du terrain : l’eau s’éloigne-t-elle de la maison ou stagne-t-elle près des fondations ?
- Gouttières et descentes pluviales : longueur, orientation.
- Drain français (drain de fondation) :
- Présence connue ou non.
- Indices de saturation : infiltration au bas des murs, efflorescence.
- Présence d’anciennes infiltrations : lignes de démarcation sur les murs, plancher gondolé.
Signes typiques de problèmes
- Odeur d’humidité dans le sous-sol, surtout par temps de pluie.
- Présence d’un déshumidificateur en permanence… mais sans explications claires.
- Sol très argileux dans le secteur (sensible au retrait et au gonflement).
Selon l’âge
- Maisons plus anciennes : souvent sans drain de fondation d’origine, ou avec un drain plus facilement obstrué.
- Maisons récentes : meilleure protection, mais pas à l’abri d’une mauvaise exécution ou d’un terrain mal nivelé.
7. Autres éléments importants à ne pas négliger
Même si fondations, toiture, plomberie, électricité et drainage sont majeurs, l’inspecteur examinera aussi :
- Fenêtres et portes : âge, efficacité énergétique, risque d’infiltration d’air et d’eau.
- Revêtements extérieurs : briques, vinyle, bois, crépi; fissures, décollement, effritement.
- Balcons et escaliers : structure, garde-corps, stabilité.
- Garage et entrée : fissures de dalle, pente, présence d’un drain de plancher.
Pour une copropriété (condo), au-delà de l’unité, il est essentiel de :
- Consulter le carnet d’entretien, le certificat d’état de l’immeuble et l’étude du fonds de prévoyance.
- Vérifier si des travaux majeurs (toit, maçonnerie, ascenseurs) sont prévus.
- Examiner l’historique de sinistres (dégâts d’eau, incendies, etc.), qui influence les primes d’assurance – et donc vos frais de condo.
8. Comment utiliser le rapport d’inspection pour négocier
Une bonne inspection ne sert pas seulement à dire « oui » ou « non » :
- Elle permet de prioriser : sécurité (électricité, structure), enveloppe (toit, fondations), confort (isolation).
- Elle aide à chiffrer les travaux à court, moyen et long terme.
Conclusion : voir au-delà des finitions
Une maison fraîchement repeinte, une cuisine moderne ou une salle de bain « Pinterest » ne garantissent pas un bon immeuble. Les vrais enjeux se cachent dans ce qu’on voit mal ou pas du tout : fondations, toiture, plomberie, électricité, isolation et drainage.
Lors de votre inspection préachat au Québec, gardez en tête :
- Les défauts structurels et d’enveloppe sont souvent les plus coûteux.
- Les problèmes d’eau (toit, plomberie, drainage) sont les plus fréquents.
- L’âge du bâtiment oriente les risques typiques (plomb, aluminium, drains, isolation).
- Un bon inspecteur vous donnera un portrait objectif; à vous ensuite de juger si le projet correspond encore à vos attentes, à votre tolérance au risque… et à votre budget.
En comprenant ce que l’inspection révèle vraiment, vous transformez un moment stressant en décision éclairée – et vous vous donnez toutes les chances de devenir propriétaire sans (trop de) mauvaises surprises.